29/03/2018

USA : Why is it so hard?

Leave a Comment

05/02/2018 - 14/03/2018 ; Albuquerque, Nouveau Mexique - Oklahoma City - Memphis, Tennessee - Atlanta, Georgia

Je quitte Albuquerque dans l'état du Nouveau Mexique avec un bon vent de dos qui m'aide à traverser plus rapidement ces contrées. Les paysages sont quelconques: une steppe d'herbe jaunie par l'hiver jusqu'à l'horizon. Les matinées sont toujours aussi fraîches: entre -5°C et -10°C. Ma barbe gèle dès les premiers kilomètres et se couvre de glace. L'après-midi le soleil me réchauffe tant, qu'il n'est pas rare que je roule en T-shirt.

Plusieurs américains m'ont mis en garde avant d'entrer dans l'état du Texas: "ne fais surtout pas du camping sauvage, tout est privé", " les Texans portent tous des armes et n'hésiterons pas à tirer si tu t'introduis sur leur propriété", et bien d'autres choses encore pire. Les panneaux à l'entrée des propriétés le confirment: "Passé cette barriére vous serez abattus, les survivants seront achevés, restez au dehors" ... Du coup, j'ai un peu d'appréhension le soir au moment de trouver mon premier bivouac pour la nuit dans cet état. Les champs de coton qui défilent à perte de vue sont ceinturés de barbelés. Trouver un endroit, à la fois l'abri des regards et éloigné d'une habitation pour planter ma tente n'est pas chose facile.
Après reflexion et observation des abords des routes, je suis persuadé que c'est quand même  possible. Durant mes quatre nuits dans cet état j'ai dormi profondément dans des lieux disparates:
- au bord d'un champ de coton,
- dans un grand bosquet entre deux champs en jachère,
- sur une route de maintenance de la voie ferrée,
- et enfin sur un parking à l'intérieur d'un Parc National. Pour ce dernier il fallait aller demander un permis à l'Office qui se trouvait je ne sais où. Je me suis juste bien caché et personne ne m'a dérangé , à part quelques cerfs, curieux de voir un intru s'installer sur leur territoire.

Un peu plus loin, je fais un court arrêt en apercevant un bison derrière une clôture tout près de la route. J'avais l'image des westerns montrant des hordes de bisons chargeant les pionniers ralliant l'ouest américain. Je m'avance prudemment pour faire une photo. Face à moi couvert d'une épaisse fourrure, un mastodonte immobile et paisible qui me regarde droit dans les yeux. Pas d'agréssivité. Je comprends mieux pourquoi les troupeaux ont été décimés en quelques décennies.

L'arrivée dans l'Oklahoma rime avec grand froid ! Le vent du nord me gifle la figure. Je parcours les routes avec deux pantalons et quatres couches sur la poitrine toute la journée. Je franchis la barre des 60 000km.
Le soleil a disparu !

Je cherche un hébergement pour souffler un peu.
C'est  Jeff, un retraité, ancien électricien à New-York qui m'accueille pour une nuit. Il vit dans un petit village de 400 habitants, perdu dans la campagne. Autour de ce bourg, à perte de vue, ce n'est que champs et pâturages pour les vaches.
Les maisons individuelles sont pour la plupart en très mauvais êtat. Le bardage est décoloré, les toits sont déglingués et les jardins à l'abandon. A l'arriére on retrouve des carcasses de voitures ou des tas de matériaux de constructions oubliés depuis longtemps. S'il n'y avait pas une voiture devant l'entrèe on les croiraient abandonnées. Rien à voir avec les belles demeures de Californie. Je suis dans l'Amérique profonde qui ne profite plus depuis longtemps de la prospérité américaine.

Peu importe la taille du village que je traverse, l'église ou les églises sont les bâtiments les plus grandioses.
Chacune d'entre-elles affiche un message "divin" inscrit sur un grand panneau. Il oscille entre les phrases classiques de remerciement à Jésus ou à Dieu et les formules imaginatives des pasteurs locaux.
Un petit exemple:
"In your life you'll face giants, we have stones inside" Dans votre vie vous ferez face à des géants, nous avons des cailloux à l'intérieur !
 Un peu d'humour ne fait jamais de mal.
Toujours entretenues, en parfait état, ces édifices sont le symbole qui correspond le mieux à la devise des USA: "In God We Trust" -En Dieu nous avons foi-. D'ailleurs "Oh my God" et "God bless you" sont les mots qui reviennent en permanence dans la bouche des américains. Venant d'un pays laïque il m'a fallu un certains temps pour m'habituer à cette référence continuelle à Dieu.

On est dimanche, tout le monde est à l'église. Jeff a laissé la porte de la chambre des invités ouverte. Je me douche et je prends mes aises. Quand il revient, je suis tout propre .
Jeff est la générosité même.  Pour les enfants du village il a construit une mini salle de jeux, avec flipper, baby-foot, juke-box, distributeurs de canettes et de friandises.  Son passe-temps favori: réparer ces vielles machines. Son immense garage est rempli de ces engins entièrements mécaniques qui ont tous plus de 40 ans !
Une nouvelle salle, plus grande est en préparation. Ce qu'il fait est tout simplement extraordinaire.
Je passe tout l'après-midi à jouer avec les jeunes du villages. En pleine partie de baby-foot, on entend un cri venu de derriére la maison. Tout le monde court pour voir ce qui se passe: c'est un animal dans le jardin qui suscite la curioisté des enfants, un tatoo peu craintif tout droit sorti de la préhistoire avec sa carapace d'écaille.

Le soir au dîner, Jeff me raconte ses voyages en Europe dans les années 80. A l'époque peu de moyens de communication et encore moins d'Internet. Arrivé à l'aéroport, il prenait le train pour le centre ville pour chercher une boutique de téléphone avec un opérateur afin de lui demander de lui trouver un hôtel. Si de nos jours beaucoup de gens parlent anglais, il y a 30 ans c'était autre chose! Il plaisante volontier sur les surprises de se retrouver dans des hotels minables proches du taudis, mais "ce sont les joies du voyage" me dit-il. En tout cas je passe un bon moment à l'écouter et une nuit au chaud .

Et le lendemain matin au petit déjeuner je rencontre ses amis. Des fans de Trump, de la patrie américaine et des armes qui ne comprennent pas pourquoi je voyage. Ce sont tous des blancs qui se sentent très bien dans leur village, leurs champs et leur église. Ils n'ont besoin de rien de plus. Ici pas de black ni de latinos, les blancs vivent entre eux. Leur vision du monde se borne à leur village, leur comté et à ce qui s'affiche dans la lucarne médiatique. A force de regarder les images catastrophistes à la TV ils sont effrayés de tout et étonnés que rien de facheux ne me soit arrivé durant mon voyage. J'essaie de les convaincre que la vérité ne sort pas de la TV et que 99.9% des gens sont "bons" sur la planète terre. Le sermon dominical du pasteur sur la bonté, n'a pas eu beaucoup d'effet sur leur ouverture d'esprit au delà de leur cercle restreint. Ils m'écoutent, mais figés sur leurs certitudes, je suis persuadé qu'aucun d'entre eux n'a cru un mot de ce discours de "non-violent".
Les panneaux propagandistes sur les intentions de Trump qui jalonnent ma route confirment mon sentiment.





L'histoire de l'état d'Oklahoma représente bien la colonisation de l'ouest américain  !
Le 22 avril 1889, 50 000 hommes blancs, aux aguets tel des prédateurs en quête de leurs proies, attendaient en ligne le tir du canon signalant le départ de la course pour s'approprier des terres précédemment habitées par les Indiens. Il leur suffisait de planter en terre un drapeau pour posséder jusqu'à 64 hectares autour de ce point. L'expropriation des Indiens a été actée par plusieurs lois. A la suite de ça, ils furent parqués dans des réserves avec comme contrepartie un peu d'argent et quelques animaux d'élevage.

L'état d'Oklahoma est situé dans une zone appelée Tornado Alley (Couloir des Tornades) qui est caractérisée par l'interaction entre les vents froids et secs du nord et les vents chauds et humides du Golfe du Mexique au sud. Une moyenne de 62 tornades par an. Heureusement aucune en hiver ! Mais en période froide les changements de température peuvent être très importants et très rapides. Si le vent froid du nord souffle, les températures sont glaciales. Mais dès que le vent du sud reprend le dessus, c'est de nouveau le printemps. Il peut faire 10°C le matin et 0°C l'après midi en fonction du vent. Autant vous dire que je déteste ce vent gelé du nord, surtout si je dois me battre contre lui.

Plus je me rapproche de l'Est du pays plus le terrain est boisé et plus l'air est humide.
Ce qui veut dire: pluie.
En quittant Tulsa à 200km au nord de Oklahoma City l'eau tombant du ciel fait son apparition. Bien que ce soit désagréable, je peux supporter, un, deux, ou trois jours de pluie et de froid consécutifs, mais sept jours d'affilée c'est vraiment trop ! Le 24 février je reçoit un SMS sur mon portable me prévenant d'un risque sévère d'inondation: "évitez les zones inondables". J'obéis instantanément.

Mon petit montage sac poubelle plus poncho (trouvé sur le bord de la route) n'est pas assez efficace. La pluie arrive à traverser ma protection improvisée. La température reste voisine du zéro tout au long de la journée.
A tout problème il y a une solution: j'achète un ciré: un ensemble veste plus pantalon. Pas trop cher bien sur, 12$ (10€) chez Walmart. Je peux enfin rouler au sec !

Depuis mon départ j'observe les prix des denréees et des marchandises dans chaque pays. J'ai constaté très rapidement une différences entre les pays "pauvres" et les pays "riches" due à la mondialisation du commerce. En Europe il coûte plus cher d'acheter des fruits et légumes locaux que des produits "made in China" comme des vêtements, des brosses à dents, du déodorant, ... C'est exactement le contraire dans les pays pauvres. Les fruits et légumes produits localement ne sont pas cher comparés aux produits importés venant de l'autre bout du monde.

Avec cette pluie je ne garde pas un très bon souvenir de ma traversée de l'Arkansas. Je n'ai rien vu à part ma roue avant tournant sur le goudron détrempé. Je n'avais aucune envie de m'arrêter regarder le paysage. Pédaler, c'était le moyen d'avoir moins froid. Face au vent du nord et à la pluie je devais porter cinq couches sur le haut du corps (t-shirt, polaire, veste polaire, coupe-vent et ciré) pour résister à des intempéries comme je n'avais jamais rencontrées jusque là. Avec ces températures glaciales j'aurais préféré qu'il neige. C'est beaucoup moins désagréable. L'eau s'infiltre partout et gèle tout de suite, c'est le pire. Au petit matin, mon vélo est pétrifié dans la glace jusqu'à l'intérieur des gaines de freins ! Sept jours d'une routine détestable: me réchauffer, plier ma tente gelée, dégeler et vérifier mon vélo, rouler toute la journée sous la pluie, monter ma tente, cuisiner un bon plat de pâtes et dormir.

Rien de bien réjouissant mis à part cette petite anecdote.
Un matin, alors que la pluie recommençait à tomber, j'appuie mon vélo contre la caserne des pompiers afin de mettre ma tenue de pluie à l'abri sous le porche. Cinq cents mètres plus loin, pédalant tranquillement sur mon vélo, j'entends une sirène. Dans mon rétro j'aperçois une voiture de police, gyrophare allumé juste derrière moi. Je m'arrête, un policier sort et s'approche de moi. La cinquantaine bedonnant, il ressemble au Sergent Garcia dans Zorro. Je fais un effort surhumain pour ne pas éclater de rire. Il vérifie mon passeport car un voisin a signalé qu'un cycliste avait dégradé la caserne des pompiers. Avec le sourire il me rend mes papiers et me dit qu'il était obligé de me contrôler suite à cet appel, bien qu'il sache parfaitement que je n'avais rien fait. Il me propose même de me transporter 20km plus bas jusqu'à la prochaine ville. Je refuse et je reprends mon chemin sous la pluie. On m'avait dit en Californie que la police américaine était très virulente voire violente. Encore une idée reçue qui s'envole.
.
Mes rares plaisirs pendant ces jours sont les arrêts dans les supermarchés. Rentrer dans un de ces grands bâtiments où il fait chaud et où les produits caloriques sont abondants me redonne le sourire. Je fais le tour du magasin afin de flairer les meilleures affaires. Dans ces supermarchés ouvert 24h/24 on trouve toujours du surplus de nourriture bradé quand la date de péremption arrive à échéance. Il n'est pas rare que je puisse acheter, des muffins, des tartes, des cookies à des prix dérisoires. 6 muffins pour 1€, grosses tartes à 2€, pain de campagne à 0.5€, ... Merci à la surproduction






Après une semaine de mauvais temps à dormir sous les ponts, bercé par le bruit des camions, où aux abords des églises, j'arrive à Memphis le jour de mon anniversaire.
Memphis est connue dans le monde entier pour sa musique. La soul, le blues, le rock'n'roll, ... Les plus grands artistes ont joué et enregistré dans cette ville: B.B King, Elvis Presley, Johnny Cash, ... Au centre ville se trouve également le Lorraine Motel où Martin Luther King Jr fut assassiné d'une balle dans la tête, il y a cinquante ans.

Dan rencontré via la réseau Warmshower m'accueille comme un prince.
En arrivant il me dit : "prends ta douche, la pizza et les bières arrivent dans 10 min".
Elle est pas belle la vie !

Pour fêter mon anniversaire je voulais manger un énorme burger. Deux mois que je suis aux USA sans avoir gouté un hamburger. Mais la spécialité à Memphis c'est le barbecue. Aux Etat-Unis, un barbecue est obligatoirement une grillade de porc. Dan m'invite à déguster une énorme assiette de ribs (côtes de porc) accompagnée d'une bière locale ! Un festin après plusieurs jours de menus répétitifs.

Les quelques jours de route jusqu'à Atlanta furent anecdotiques. Un peu de soleil et un dernier jour de pluie lors de mon arrivée dans l'état de Géorgie. Un cadeau du ciel afin de ne pas regretter mon départ vers l'Afrique.

Les vols à partir d'Atlanta vers l'étranger étaient les moins chers en Amérique du Nord. C'est la seule raison qui m'a poussé à finir mon voyage dans cette immense ville. Mais je ne le regrette pas. J'ai rencontré Katelyn et Johnatan, un jeune couple accueillant et serviable. Je leur explique mes besoins pour préparer mon vol vers Nairobi. Ils m'aident à emballer mon vélo pour l'avion, m'emmènent  jusqu'à l'aéroport et  me cuisinent de bons petits plats en attendant le départ. MERCI !

Je repars des USA sans avoir mangé un hamburger mais j'ai quand-même goûté une dernière spécialité d'Atlanta: le "chicken waffle" -poulet frit, gaufres et sirop d'érable sans modération-. Un mélange de sucré salé calorique et plutôt goûteux☺.

Le titre de l'article "Why is it so hard?" fait référence à la chanson de Charles Bradley. Des paroles qui se répétaient en boucle dans ma tête lors des journées difficiles. Video Youtube ici : Why is it so hard - Charles Bradley
Quand le temps devenait un peu meilleur, je chantais plutôt cette chanson : Gracias a la vida - Mercedes Sosa

Bye Bye America !

Statistiques

Distance : 2986  km
Nb jours : 37
Nb jours de vélo : 28
Nb jours de repos : 9
Etape la plus longue :  131 km
Etape la plus courte :  49 km
Crevaison : 3
Nuit la plus froide : -10°C, Nouveau Mexique, USA

Total depuis le début

Distance : 62642 km
Nb jours : 892
Nb jours de vélo : 613
Nb jours de repos : 279
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 5130m, Abra Azuca, Pérou
Crevaison :19
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -15°C ( Utah, USA)







La Suite...

15/02/2018

USA : La traversée du Far West

2 comments

23/12/2017 - 04/02/2018 ; San diego, Californie - Las vegas, Nevada - Albuquerque, Nouveau Mexique

20h , vendredi 22 décembre 2017 je me présente à la frontière des USA, persuadé que le passage va être long et difficile, que la police des frontières va vouloir fouiller mes sacoches et peut-être même vérifier ce que j'ai sur mon smartphone.
Pas du tout !
Quand j'arrive, le douanier est avachi sur sa chaise. Il vérifie mon passeport et me dit d'aller au bureau des permis pour valider mon entrée. Le bureau se trouve quelques dizaines de mètres plus loin. Mais personne n'est là pour vérifier si je rentre au bureau ou pas. Je pourrais très bien continuer ma route et entrer aux USA en toute illégalité et tranquillité.
Au bureau des permis, c'est un joyeux bordel. Il y a plusieurs guichets  mais pas de file unique ou de numéro à prendre. Le fonctionnaire libre appelle juste le suivant et c'est le plus opportuniste qui gagne. Pas très carré tout ça. Moi qui pensais que depuis l'élection d'un Président à la mèche peroxydée les frontières étaient devenues presque infranchissables et la discipline aux frontières bien ordonnée comme un peloton militaire pour le 14 juillet !

L'officiel qui me reçoit après avoir scanné mon passeport me demande mon ESTA. C'est un formulaire à remplir en ligne avant de rentrer aux USA  qui fonctionne comme un pré-visa. Bien que je n'en ai pas besoin pour traverser une frontière terrestre, j'avais pris le soin de le faire "au cas où". Le policier aux frontières veut absolument la version imprimée, alors qu'il a juste à taper mon numéro de passeport dans sa base de données pour retrouver mon ESTA. Mais il semble attaché à vouloir le lire sur du papier. Je retourne à mon vélo récupérer la version papier que j'avais préalablement imprimée et je  refais la queue. Je suis reçu à un guichet différent où le fonctionnaire me demande juste si j'ai mon ESTA mais se fout complètement de la version imprimée.
Les contradictions de l'administration aux frontières !
Il tamponne mon passeport et me voilà en règle pour un séjour de 3 mois aux États-Unis d'Amérique.

En ce dernier vendredi avant Noël, des voitures par centaines sont bloquées sur la chaussée entre la frontière et le centre commercial situé a proximité. Il y a un bouchon monstrueux. Impossible d'avancer même en vélo. Carolina qui  m'héberge est obligée de venir me chercher à pied ! Un comble quand on sait que le monde est en crise et que les gens se plaignent de ne pas avoir suffisamment d'argent.

Carolina, la soeur de Sandra qui m'a hébergé à Tijuana, m'accueille à San Diego comme un membre de la famille. Elle m'invite à passer les fêtes de Noël et du nouvel an en "famille" avec ses trois soeurs et leurs progénitures. J'accepte volontiers cette généreuse invitation.
Avec mon visa "multiples entrées"  je peux aller à Tijuana au Mexique et revenir aux USA autant de fois que je veux.
Carolina a un visa de résidente. Elle vit et travaille depuis plus de dix ans aux Etats-Unis. C'est un sacrifice financier à faire, pour espèrer obtenir la nationalité américaine. Elle voudrait ensuite revenir vivre de l'autre côté de la frontière au Mexique où le coût de la vie est bien moindre. Ses soeurs ont seulement un visa de travail qui les oblige à rentrer chaque soir à Tijuana. 

Les "Latinos" représentent 18% de la population américaine. En Californie cette proportion passe à 38%. Les frontaliers, inquiets suite aux déclarations du nouveau Président américain, m'expliquent que l'économie de la Californie serait exangue si les mexicains devaient perdre leur visa de travail.
Durant les quinze jours que je passe à San Diego, je traverse avec Carolina plusieurs fois la frontière, pour aller déguster mes derniers tacos, tamales ou tout simplement pour aller boire un verre ou voir ses amis. C'est dans une ambiance de fête latino que je passe quinze jours de repos formidables : MERCI !

Aprés une prolongation pour fêter l'épiphanie, qui est le jour du "Rosca de Reyes" (gateau des rois similaire à la brioche provençale), je reprends la route le lundi 6 janvier 2018 en direction de Las Vegas sous la pluie . Le bulletin météo le prévoyait. J'aurais pu rester au chaud et attendre que ça passe. Mais comme je commençais à avoir des fourmis dans les jambes, j'ai choisi de partir. Deux jours de pluie et de vent ininterrompus dans les montagnes à une altitude de 1500m.  6°C, pluie, vent. Dur, dur la reprise. Je décide de changer d'itinéraire et de bifurquer immédiatement vers le désert au lieu de suivre la route des montagnes. En redescendant vers Salton city je retrouve enfin le soleil et je laisse derrière moi les nuages accrochés aux sommets des montagnes.

Malgré le vent de face je profite pleinement de l'immensité de ces paysages désertiques. Le passage sur la route 66 rend encore plus mythique chaque tour de roue. Je suis bien aux USA !
La légendaire Route 66 part de Chicago, Illinois au Nord-Est pour arriver en à Santa Monica en Californie, 3940km plus loin à l'ouest. C'était l'une des premières autoroutes entièrement goudronnée aux USA en 1938. Hélas, les temps ont bien changé et elle n'est plus que l'ombre d'elle même. La Route 66 n'existe plus en temps que telle depuis 1985. Certains tronçons ont été remplacés par des autoroutes inter-états et des routes locales. Les parties abandonnées sont impraticables: ponts détruits, qu'il faut franchir à gué, chaussées défoncées ou recouvertes de sable. Le juteux business lié au trafic routier a disparu, les restaurants, bars, motels sont pour la plupart en ruines. Seuls les endroits devenus touristiques survivent. Une des curiosité de la route 66, ce sont les panneaux qui invitent les citoyens à dénoncer les conducteurs bourrés ou qui demandent aux véhicules de ne pas prendre d'auto-stoppeur dans une zone pénitentiaire ouverte !






Je visite Las Vegas, la ville du rève ou de la décadence américaine.
Las Vegas Boulevard, la rue principale, est envahi par des hordes de touristes américains ou asiatiques qui se ruent de casino en casino.

 La nuit, la cité déploie toute sa beauté et illumine le ciel du Nevada. A plus de 100km dans le désert j'apercevais encore les puissantes lumières du show nocturne.
Finalement elle a tout de même son charme.




Un jour dans ce "paradis" et je poursuis ma route vers le nord pour découvrir les magnifiques Parcs Nationaux de l'ouest américain.
L'accès aux Parc Nationaux américains est payant, quel que soit le moyen de locomotion.
Fort heureusement, j'ai un "National Park senior Pass" - passeport d'accès aux parcs nationaux - encore valide que m'a donné un cycliste français croisé en Amérique Centrale, qui avait parcouru le sud des States .

Dès mon arrivée dans l'Utah, le paysage change. De superbes montagnes aux strates colorées s'étendent devant mes roues sur une route bitumée aux couleurs de la vallée.
Au pied du Parc National Zion, je suis hébergé chez Robin et Tracy dans ce qui reste d'une vieille caravane en aluminium des années 60 posée sur des poutres en bois au fond du jardin. Dans cet abri un peu kitsch mais confortable, je regarde la neige tomber à travers la petite fenêtre. Un jour d'attente à 1500m d'altitude pour laisser passer une courte vague de froid arrivant du nord .
Après un petit jour de repos et quelques bières je traverse le Parc National Zion.
Absolument splendide !!!
La route serpente au milieu d'un canyon géant aux dégradés de couleurs ocres.

Avec le shutdown, l'entrée du parc est gratuite. Aucun Ranger ne travaille . Le "shutdown": l'arrêt en français, résulte du blocage du Congrès américain qui n'a pas réussit pas à voter le budget pour les opérations gouvernementales. Dans ce cas, l'administration fédérale cesse par manque d'argent tout service à la population à l'exception, dans un premier temps, des services dits « essentiels » comme la police, l'armée, les hopitaux ...

Sur la route me menant au Grand Canyon je vis mes journées et mes nuits les plus froides depuis les hauts plateaux Andins (Chili, Pérou, Bolivie) . Dans la journée le thermomètre dépasse tout juste les 0°C et la nuit il frôle les -15°C. Mes bouteilles d'eau gèlent entièrement en l'espace de quelques heures. Mon dentifrice, mon huile d'olive, ... aussi. Après avoir fait ma vaisselle, l'eau qui reste au fond de la casserole gèle en un clin d'œil.
La nuit dans mon duvet, l'air que je respire me glace la gorge !!!
Heureusement que les journées sont ensoleillées.
Je me dis souvent que ça pourrait être pire.
Et puis visiter le Grand Canyon vaut bien un bivouac frigorifique !

Arrivé dans le Parc National du Grand Canyon je reste bouche bée devant le spectacle. Je n'ai jamais rien vu de tel.
La nature s'est donnée des millions d'années pour creuser cette immensité. C'est tout simplement magique, unique !
Même en ouvrant très grand mes yeux j'ai du mal à percevoir le gigantisme. Sous un ciel limpide le fleuve Colorado serpente 1300 mètres plus bas et continue de façonner le canyon. Comme c'est l'hiver et qu'il fait froid à cette altitude de 2200m, il n'y a pas foule. Assis au bord du Grand Canyon, je profite longuement et égoïstement du panorama .







Après avoir admiré toutes ces merveilles je continue ma route vers l'est. Je traverse les plaines désertiques du Far West jusqu'à Flagstaff puis Albuquerque. Le chemin de fer avec ses longues voies rectilignes comme on le voit dans les westerns suit la Route 66.
Sur le chemin je fais un détour pour visiter le parc national de la Forêt Pétrifiée.
C'est impressionnant de voir l'état de conservation de ces arbres après des millions d'années de transformation. Enfouis sous des dépôts sédimentaires riches en silice, le bois a été transformé en quartz. La silice a remplacé lentement la matière végétale et fossilisé les troncs. L'érosion et le soulèvement de la croûte terrestre ont mis au jour toutes ces merveilles.

Les températures diurnes redeviennent acceptables, autour de 15°C. Seules les nuits sont fraîches, au alentours de -10°C.
Je suis à Albuquerque dans l'état du nouveau Mexique, affûté et bronzé comme un grimpeur du tour de France. Le froid a grignoté toute la graisse emmagasinée pendant les fêtes !





Comment résister au froid ?

Mon duvet est donné pour une température de confort de 0°C .
Pour dormir confortablement, je lui additionne plusieurs couches de vêtements :
- bas du corps : deux paires de chaussettes, deux pantalons,
- haut du corps : un t-shirt à manche longue, un polaire, un coupe vent, une doudoune, un tour de cou et un bonnet
 L'isolation du sol est capitale: pour ça j'ai un épais matelas gonflable ( therm-a-rest neoair xterm regular )
 Avec tout ça je dors presque bien jusqu'à -15°C. Au petit matin seulement, je commence à avoir un peu froid aux pieds à cause de l'humidité qui se concentre à l'intérieur de ma tente. Mon duvet est souvent bien mouillé aux pieds ☹.

Le soleil se couche vers 17h30 et se lève à 8h.
J'ai quelque peu changé le rythme de mes repas.
Je bois un bon café chaud dès la sortie du "lit" avec de l'eau chaude que j'ai préalablement fait bouillir la veille et versée dans mon thermo. Je le glisse dans mon duvet la nuit pour avoir de l'eau bien chaude. Précaution indispensable par ces nuits froides et longues où l'eau refroidit très vite.
Ensuite je déjeune copieusement vers 10h et je grignote un peu dans la journée. Je ne fais pas de gros repas de midi, sinon à l'heure du dîner, vers 17h, je n'ai pas faim.
Le repas du soir c'est grand luxe avec une soupe géante : légumes, coriandre, ail, huile d'olive, fromages et riz ou pâtes. Ce repas est le plus important par ces températures. Il me permet de rester chaud presque toute la nuit.
Je décampe souvent au petit matin, juste après le lever du soleil. Il fait encore très froid, parfois -8°C sous le soleil.
Et encore une fois j'empile les couches, que j'enlève ensuite au rythme de l'augmentation de la température ambiante !
Pour m'adapter aux conditions extrèmes, il me faut être inventif: mes habits peuvent être multi-usages, comme mes épaisses  chaussettes de nuit que j'utilise comme écharpe dans la journée ☺.

En quittant la Californie et ses températures clémentes, j'avais besoin d'un bon bonnet et d'une couche supplémentaire pour résister au froid du matin. J'aurais pu acheter du "made in China" dans un supermarché. Mais dans cette Amérique de la surconsommation, les gens se débarrassent de tout ce dont ils ne veulent plus. Le bord des routes est une mine d'or. J'y ai trouvé une veste O'Neill, neuve, qui sentait encore la lessive. Bien plus propre que les vêtements que je portais depuis plusieurs jours. J'ai également "glané" un bon gros bonnet .
Parfait.
Il y a de tout sur le bord de la route : casquettes, pantalons, gants, serviettes, ... souvent en bon état!

Certains me traiteront de radin ou de clodo et ils auront bien raison, mais je me définirais plus comme un "écolo sobre" à l'image de ce que décrit Pierre Rabi dans son livre "La sobriété heureuse"☺. 
De toute façon je n'ai pas honte de mes actes.
Je les assume pleinement !
C'est le mode de voyage que j'ai choisi dès le départ: limiter les dépenses, l'empreinte carbone en utilisant le matériel jusqu'à usure complète et limiter le poids que je dois transporter.

A quoi ressemble la vie aux USA ?

Ce qui m'a marqué, quand je suis entré aux USA par la Californie, c'est le gigantisme des infrastructures. D'énormes 4x4 circulent sur des routes super larges et sur des autoroutes à cinq voies, flanquées de grands centres commerciaux tous les cinq kilomètres. Les larges avenues sont bordées de beaux et larges trottoirs pour les piétons et de pistes cyclables.
La Californie, l'état le plus riche des Etats-Unis, concentre un grand nombre de SDF. Je suis choqué de les voir squatter les trottoirs au pied des grandes tours ou à l'entrée des centres commerciaux. Jusqu'ici je n'en n'avais jamais vu autant. Vu d'Europe on pourrait croire que ce sont les immigrés, montrés du doigt par le Président américain: mais pas du tout. Ils sont pour la plupart blancs ou d'origine africaine et sont aux USA depuis plusieurs générations. La grande majorité sont âgés. Ce sont les oubliés du système libéral qui n'ont pas assez d'argent pour se payer un logement et dorment dans la rue.
La pauvreté au pied des immeubles synonymes de l'économie florissante, c'est vraiment triste ☹.

Les horaires d'ouverture des commerces sont bien différents de la France. Beaucoup de fast food, de grands supermarchés, de vendeurs de donuts, ... sont ouverts 24h sur 24, 7 jours sur 7 !
Et c'est sans parler de Las Vegas où même le réparateur de pneu est ouvert 24h/24 7j/7 !
Pour faire la publicité de leurs commerces certaines enseignes embauchent des hommes ou femmes sandwiches qui proménent leurs pancartes au feu rouge sous le nez des automobilistes buvant leur soda ou grignotant leur burger. Les plus agiles essaient par de belles pirouettes de capter l'attention des conducteurs, quand d'autres défilent comme des pin-ups désabusées lors d'un match de boxe.

Dans les états de Californie, Nevada, Arizona et Nouveau Mexique on trouve quasi systématiquement le double affichage anglais - espagnol. Il m'est souvent arrivé de parler espagnol. Une langue que je commence à maîtriser et qui est bien plus facile à prononcer que l'anglais.

Au fil des jours et des kilomètres j'aime de plus en plus de ce pays. J'avais pourtant un a priori négatif sur les américains, après avoir été traité maintes fois de gringo en Amérique Latine. Je n'aurais jamais imaginé au début de mon voyage, d'apprécier autant les USA. Les conditions de voyage sont agréables et sécurisantes. Les paysages sont superbes.  Les routes sont goudronnées et larges. Je trouve de l'eau et de la nourriture facilement. Camper le soir est super simple. Bien qu'il y ait des barbelés le long de la route, il y a toujours une entrée accessible sur ces terres publiques.
Mes hôtes du réseau Warmshower sont adorables.
Je prends énormément de plaisir.
Que du bonheur !


Statistiques

Distance : 2328  km
Nb jours : 44
Nb jours de vélo : 23
Nb jours de repos : 21
Etape la plus longue :  131 km
Etape la plus courte :  19 km
Crevaison : 4

Nuit la plus froide : -15°C, Utah, USA

Total depuis le début

Distance : 59658 km
Nb jours : 855

Nb jours de vélo : 585
Nb jours de repos : 270
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 5130m, Abra Azuca, Pérou
Crevaison :16

Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -15°C ( Utah, USA)


La Suite...

28/12/2017

Mexique : aux portes de l'Eldorado

2 comments

29/10/2017 - 22/12/2017 ; Chetumal - Palenque - Oaxaca - Guadalajara - La Paz - Tijuana

Arriver au Mexique c'est de nouveau avoir accès à la corne d'abondance ! Des stands de tacos, quesadillas et burritos à tous les coins de rues, mais surtout des grands supermarchés avec des produits à prix "européen". Les yaourts, les céréales, la pâte à tartiner, ... sont au même prix qu'en France. Je n'avais plus connu ce luxe depuis ma sortie de l'Europe en août 2015. Fini le paquet de céréales au chocolat à 7€, le mini pot de yaourt à 2€, le Nutella à 10€ les 200g, ... Quel bonheur. J'ai dû passer presqu'une heure dans le premier supermarché Walmart que j'ai trouvé lors de mon arrivée à Chetumal, ma première ville mexicaine. Je ne savais plus où donner de la tête. Trop de choix ! J'ai opté pour un classique : bière Corona, cacahuètes et une boîte de 8 muffins. Délicieux aprés des mois de consommation locale.

C'est la période de la Toussaint, de la fête des morts. La célébration, différente de ce qui se fait en Europe, est bien plus festive. Ce n'est pas un rassemblement triste où tout le monde pleure. C'est une fête qui dure plusieurs jours, pendant lesquels les  mexicains  se déguisent en jouant de la musique. Les autels aux couleurs éclatantes recouverts d'offrandes et de photos des défunts fleurissent aux abords des cimetières où à proximité des calvaires qui jallonent ma route. On y voit aussi des "épouvantails macabres" un peu partout dans les villages. C'est un mélange curieux de culture chrétienne et indigène.

Tout semble parfait dans ce pays. Je traverse les provinces de Quintana Roo et Campeche avec le vent de dos. Je dors chez les pompiers ou aux postes de la Croix Rouge.
Ma première nuit je l'ai passée dans un poste de contrôle de la tuberculose bovine posé au bord de la route à l'entrée d'un petit village. Juan, un homme d'une soixantaine d'années était tout seul dans sa guitoune. Après quelques mots il m'autorise à dormir dans le mini dortoir juste équipé d'un lit superposé qui lui sert de salle de repos. Je prends une douche, je me cuisine un peu et je discute quelques heures avec lui. Il travaille par roulement de 48h et s'occupe de vérifier et de signer ou non les permis de transit des bovins. Il y a plusieurs mois des gangsters ont dérobé tout le matériel informatique de la station ainsi que la télé. Et depuis, il passe toute sa vaccation seul sans aucun divertissement. Il ne voit plus de près et ne peut lire que les gros titres du journal. Ma visite casse son ennui. En effet, il se trouve sur un axe où il y a très peu de passage et donc quasiment pas de boulot. Rien à faire pendant 48h ! Dur mentalement. Le lendemain aux aurores je reprends mon chemin après avoir chaleureusement remercié Juan.

Pour varier la routine culinaire d'Amérique centrale (riz, haricots, poulet) je remplis mon estomac avec de merveilleux tacos de poulet, chorizo, al pastor ... et un soda. C'est tellement peu cher: un tacos coûte entre 4 et 10 pesos ( 0.20€ ou 0.45€) accompagné de sauce piquante verte qui paraît toute douce mais qui se révèle explosive si on en abuse. Une bouteille de 3L de coca coûte 24 pesos (1€). D'ailleurs les Mexicains qui ont toujours une bouteille à portée de main, ne s'en privent pas. Je peux largement me permettre de boire 1.5L de soda par jour. Je l'élimine avec facilité. Mais pour un sédentaire c'est autre chose. Beaucoup de mexicains sont en surpoids. Tacos plus soda: pas très sain comme nourriture ! C'est le cocktail qui conduit à une progression permanente de l'obésité dans les campagnes mexicaines..




En arrivant dans la province du Chiapas j'ai l'impression d'être au Guatemala: la culture, la jungle, les gens, la nourriture, une sensation de déjà vu. Les montées infernales sous une température de 35°C sont les mêmes !  Dur dur ! la vie de cycliste. En revanche je ne vois plus de femmes faisant des tortillas à la main sur leur étal dans la rue. La fabrication y est mécanisé.

Je ne visite pas les ruines de Palenque et Tonina. Intéressant et joli mais j'ai eu ma dose de ruines pré-colombiennes au Guatemala. En revanche, je m'arrête longuement près des magnifiques chutes "Agua Azul": une eau bleu cristalline ruisselant en cascade sur une roche calcaire.
Il y a un mois le cours d'eau arrivant à la chute s'est brusquement tari. La déforestation alentour à modifié le réseau hydrologique coupant ainsi la source d'alimentation des chutes. Les autorités ont devié une rivière voisine pour rétablir l'arrivée d'eau sur la chute visitée chaque année par des milliers de touristes. Les habitants, pressés de retrouver les ressources qui y sont liées, ont eux-mêmes participé pelles et pioches à la main au nettoyage du lit de la rivière. Encore un exemple qui montre le résultat du gaspillage des ressources naturelles qui pénalise les pays les plus pauvres pour alimenter le marché occidental.

Le Chiapas est la terre des Zapatistas, un mouvement révolutionnaire et altermondialiste s'inspirant de Che Guevara et d'Emiliano Zapata qui revendique la restitution de territoires communaux aux populations indiennes qui en avaient été spoliées et qui s'oppose à diverses mesures tendant à faire respecter les propriétés collectives. L'homme blanc, le gringo, n'est pas toujours le bienvenu. Bien que la plupart des gens soient sympathiques et souriants, je me suis fait régulièrement insulter par des gamins ( fu... you gringo ) et j'ai même eu droit à quelques jets de pierres.
A San Cristóbal de las Casas, une petite ville touristique connue pour son architecture coloniale, je me repose quelques jours. Repos ne veux pas dire farniente. Je n'ai pas pu m'empêcher de faire des crêpes et d'y tartiner une épaisse couche de Nutella .

En redescendant vers la mer je rencontre quelques cyclistes venant d'Alaska et allant jusqu'à Ushuaia. Ils sont partis entre avril et juin et descendent en suivant les saisons afin de profiter au maximum du beau temps. On discute et on échange quelques bons plans. Je retrouve également les charmes du camping sauvage sur la route menant à Oaxaca. Un pur plaisir solitaire, silencieux, en communion avec dame nature:  installer sa tente, dîner, boire un café et terminer la soirée par un peu de lecture, ... Pas besoin de quémander un hébergement, de parler et de raconter pour la millième fois mon parcours. J'aime discuter, échanger mais aussi alterner avec des soirées au calme, tout seul en pleine nature.

Par une nuit venteuse, je suis réveillé brutalement par un claquement sur la toile extérieure de ma tente. Encore un peu endormi, je constate que la fermeture éclair de ma toile extérieure à laché. Je mets rapidement un vêtement chaud et ma lampe frontale. Je tente un bricolage de fortune avec deux cailloux que je tape de chaque coté pour resserer le zip. Au bout d'un quart d'heure qui m'a paru durer dix fois plus et quelques coups sur les doigts, la fermeture semble enfin tenir bon. Inquiet de la tenue de ma réparation, je veille de longues minutes avant de m'endormir.

Après une belle montée jusqu'à 1555m, à Oaxaca, je vais visiter les ruines de Monte Alban. Plus pour la vue que pour l'histoire. Le site Zapotec est perché à 1940m, au sommet d'une montagne. La vue en haut de ces pyramides est à couper le souffle. Je passe toute la matinée à monter sur chaque pyramide à degré sans m'en lasser. Je m'assois et je m'imagine ces peuples profitant de l'immensité qui s'étend devant moi.

Je décide de passer à l'ouest de Mexico, la capitale. Cette immense mégalopole polluée et dangereuse ne me dit rien. Pour l'éviter je roule au sud-ouest à travers une chaine de montagne avec des passages jusqu'à 3200m. Les matinées sont fraîches à cette altitude, 0°C: obligé de porter mes moufles pour ne pas me geler les mains. Fort  heureusement la route redescend ensuite jusqu'à Guadalajara. Les paysages ressemblent à l'image que l'on se fait du pays: désertique avec des cactus géants. Je traverse la zone de production du Mezcal. Un alcool fabriqué à partir de l'agave comme la tequila.
La différence ?
- Ils sont produits dans des états différents
- La tequila est distillée exclusivement avec de l'agave bleu alors que le mezcal est réalisé avec tout type d'agave
- Les processus de productions sont différents

A Guadalajara je me repose à la casa de ciclista la plus connue du pays. Elle est gérée par un collectif qui promeut le déplacement en vélo dans la ville.  Cette association permet entre autre à des gens qui ont peu d'argent de s'offrir un vélo en réparant des bicyclettes données ou récupérées chez des particuliers.
Les bénévoles proposent également d'apprendre à construire son propre vélo: en bambou ! Ils possèdent tous les outils et le savoir faire nécessaire. Il suffit d'acheter le matériel brut: le bambou, la résine, et d'y mettre une bonne dose d'huile de coude. Un partage de connaissances gratuites réalisé par des bénévoles engagés. Et c'est sans compter les dizaines de cyclistes hébergés gratuitement dans leur local. Une belle leçon d'altruisme !

Je passe trois jours dans cet énorme appartement avec douche, cuisine, wifi, ... Je répare le matériel qui a beaucoup souffert comme les zips de ma tente Hilleberg akto. Le slider s'use et la fermeture éclair ne ferme plus. J'ai plusieurs fois utilisé une pince ou deux pierres pour resserrer le slider. Cette solution a fonctionné plusieurs mois jusqu'à usure complète du zipper. La réparation n'est pas très difficile mais prend du temps. Tout mon matériel s'use à vitesse grand V. Il faut dire que je l'utilise intensivement tous les jours. Je ne pourrai jamais le revendre en disant: "je l'ai acheté il y a dix ans et il est comme neuf".









Après un dimanche à Guadalajara où j'ai fait le plein de quesadillas (chorizo, oignon, fromage) et de guacamole, je reprends la route direction la ville de Mazatlán dans l'état de Sinaloa, mondialement connue pour être la base du cartel dirigé par "el Chapo", un des plus fameux baron de la drogue mexicaine. Un cycliste mexicain rencontré sur le chemin m'a expliqué qu'il ne se sentait pas en sécurité dans cette région. Il sentait que les gens et la police le regardaient bizarrement. Il a préféré faire du vélo stop pour traverser cet état. Pour ma part je n'ai remarqué aucune animosité de la part de la population, tout s'est bien passé. Les gens ont été sympas, comme d'hab.

A Mazatlán je décide de prendre le ferry pour la péninsule de Basse Californie. Comme le ferry régulier de la compagnie Baja California ne partait que le lendemain, je traverse le golfe de Californie -la mer de Cortes- sur un ferry cargo.  J'ai opté pour la compagnie TMC qui transite tous les jours, charge voitures, camions, frêt et accepte quelques passagers. 1197 pesos pour rejoindre La Paz. Ce n'est pas le luxe, il n'y a pas de cabines, juste une grande salle avec sièges et TV où se retrouvent tous les routiers. Suffisant pour moi et en plus très convivial . De plus le billet comprend la douche chaude, le dîner et le petit déjeuner. Il n'y a pas d'horaire fixes. Le bateau part dans l'après midi une fois tous les camions et autres véhicules chargés. Ensuite la traversée dure 17 heures pour arriver à La Paz dans la matinée.


Je passe deux jours à La Paz, une ville au bord de la mer de Cortez, hébergé par une famille au grand cœur, qui reçoit quasiment tous les cyclistes qui passe par là. Plus de 300 en 3 ans. Nous étions 4 cyclistes ce jour-là. Un grand merci à Tuly et sa famille pour leur générosité !!!

Ici le français le plus célèbre est le commandant Cousteau. Sa statue qui trône sur une plage, regarde la mer en direction de l'île qui porte son nom depuis 2009 en signe de reconnaisssance pour sa lutte pour la protection de la biodiversité du Golfe de Californie.

Plus d'un millier de kilomètres pour rejoindre Tijuana dans ce désert sec, venteux et chaud qui est loin d'être inhabité. Je traverse des villes et des villages presque tous les jours. L'eau n'est pas un problème. Je n'ai jamais transporté plus de 7 litres, une quantité d'eau, largement suffisante pour aller d'un point habité à un autre. Ce sont des ranchs ou des restaurants de bord de route. Le soir je me permettais même de prendre une douche à la bouteille d'eau. Tout le long de la route numéro 1 les paysages sont superbes et varient du désert plat sans végétation aux petites montagnes hérissées de cactus géants.
Depuis la carretera austral en Patagonie je n'avais plus croisé autant de cyclistes. Entre 3 et 6 par jour. Tous allant vers le sud et la chaleur, fuyant l'hiver aux USA, pendant que moi je vais au nord l'affronter. Tous les soirs j'installe ma tente assez tôt pour profiter des couleurs magnifiques du soleil se couchant à l'horizon. Les températures ont été clémentes, pas plus de 30°C la journée. Ma nuit la plus froide fut de -1°C. Largement supportable avec mon équipement.

Quatorze jours de vent de face, de La Paz à Tijuana, 1500km de galère à se faire gifler la "gueule" par Éole !
Pourtant j'étais prévenu. Dennis un allemand, qui m'avait accompagné en Indonésie il y a dix-huit mois, m'a contacté sur les réseaux sociaux pour me conseiller de prendre le bus !
Mais non! L'entêté que je suis lui a rétorqué qu'il ne prenait jamais le bus. Il m'a traité de fou (You're a crazy guy !).
Tous les cyclistes choisissent de faire le parcours des Amériques et en particulier la route de Basse Californie dans le sens nord-sud. Avec le vent de dos, tout est plus agréable. Moi, je roule à contrevent depuis mon arrivée à Ushuaia il y a un an. Cherchez l'erreur !
"Payer 50€ pour traverser la mer de Cortes et lutter tous les jours contre ce p... de vent": voilà ce que j'aurais pu écrire juste après mon arrivée à Tijuana à la fin de la traversée de la Basse Californie. Mais j'écris cet article au chaud, à l'abri du vent, reposé. La route, la galère est presque loin. En tout cas elle n'est plus palpable. Avec cette quiétude je relativise et me dit que ce n'était pas la mort, pas si difficile: une fois terminées, les difficultés se transforment en aventure dans la bouche du voyageur . Sans ce vent de face le voyage se serait déroulé sans difficulté mis à part les quelques légères collines à gravir.


Sur cette route, non seulement les cyclistes attirés par la chaleur, mais aussi les camping-car américains roulent vers le sud. Ils remplissent les superbes plages de la mer de Cortès, alignés comme sur un parking de supermarché.
Deux jours avant d'arriver à Tijuana, à la frontière avec les USA, je m'arrête chez Gabino.  Il n'est pas chez lui lorsque j'arrive devant sa porte. Mon téléphone ne capte pas de réseau GSM pour le contacter.
J'apercois un voisin qui vient vers moi et me dit tout simplement:
"Tu peux rentrer c'est ouvert. Le mot de passe du wifi est sur la table".
Je contacte Gabino par Whatsapp. Il est aux USA et rentre dans la nuit.
Il me dit : mi casa es tu casa ( ma maison est ta maison ).
Ouuuaah, impressionnant !!!
Le summum de la générosité mexicaine. Plus je voyage, plus je suis émerveillé par l'altruisme des gens que je rencontre. Peu de gens sont capables d'une telle humanité. Gabino a hébergé plus de 350 cyclistes et jamais un problème.

J'écris ses mots depuis Tijuana après mes trois derniers jours de vent de face en Basse Californie. Je vais passer les fêtes de Noël à San Diego, Californie, si l'administration Trump veut bien me laisser entrer pour toucher du doigt le rêve américain.

A moi l'Eldorado !


Statistiques

Distance :  4556 km
Nb jours : 55
Nb jours de vélo : 42
Nb jours de repos : 13
Etape la plus longue :  198 km
Etape la plus courte :  43 km


Total depuis le début

Distance : 57330 km

Nb jours : 811

Nb jours de vélo : 562
Nb jours de repos : 249
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 5130m, Abra Azuca, Pérou

Crevaison : 12
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -10°C ( Paso San Francisco, Chili)



La Suite...

07/12/2017

Amérique Centrale : terre de l'empire Maya

Leave a Comment


01/09/2017 - 28/10/2017
Panama - Costa Rica - Nicaragua - Honduras - Salvador - Guatemala - Belize

Vélo et paniers empaquetés dans deux belles boites en cartons, j'arrive à l'aéroport international de Cali en Colombie.
Aucun chariot pour transporter mes bagages !
Irréel ! Ça n'existe pas dans cet aéroport !
Obligé de payer un porteur, qui lui, possède un chariot, pour transporter mes grands cartons jusqu'au guichet d'enregistrement. Là, la jeune femme me demande ma preuve de sortie du Panama. Sans cela je ne peux pas embarquer. Je voyage en vélo mais elle s'en fout. La sortie à bicyclette par la frontière terrestre avec le Costa Rica n'est pas prévue dans son registre. La loi c'est la loi ! Je dois réserver un billet d'avion de Panama jusqu'à  San José la capitale du Costa Rica pour pouvoir monter dans l'avion. Je finis l'enregistrement et je prends mon vol. Si j'arrive à me faire rembourser ça ne me coutera rien, sinon c'est 100€ qui s'envolent pour rien.

Panama

Aprés deux heures de vol, j'arrive à l'aéroport de Panama City. Aller jusqu'au centre ville en pleine nuit sur un vélo n'est pas raisonnable. Je vais voir les taxis en attente: le prix de la course est de 40$, sous prétexte que j'ai de gros bagages ! Les chauffeurs sont antipathiques et me prennent de haut. Ils ont senti que j'ai besoin d'eux. La somme qu'ils me demandent correspond à mon budget nourriture pour une semaine.
Tant pis ! Je retourne m'asseoir, je siphone une boisson énergétique et je passe la nuit à lire assis sur un banc. Je ne ferme pas l'oeil de la nuit. Je lis la trilogie d'acacia, un roman médiéval-fantastique. Envoutant et passionnant.
Au petit matin, je monte mon vélo et je pars en direction du centre ville, sans oublier un petit salut provocateur aux chauffeurs de taxis . La route principale est interdite aux vélos, mais je ne suis pas d'humeur à zigzaguer dans les rues pour trouver mon chemin. Quelques voitures klaxonnent mais au péage personne ne m'arrête .

Panama un paradis fiscal ?
Une évidence, en voyant  le centre ville truffé de buildings aux noms de grandes banques internationales.
Panama sous la coupe des Etats-Unis ?
En tout cas, on sent l'influence américaine partout.  Les enseignes yankees et les fast-foods (Mcdo, KFC,...) foisonnent à chaque coin de rue. Je n'ai pas vu ça depuis plus de 10 mois.

Je n'ai pas la force de visiter le centre historique. Je passe au premier supermarché rencontré: la faim me tenaille après une nuit blanche ! Les prix sont raisonnables, les mêmes qu'en Europe et le choix est vaste. Je trouve rapidement un hotel à 12$ et après un bon repas je m'endors en plein après-midi jusqu'au lendemain matin.

Je traverse le pont qui enjambe le fameux canal de Panama : 77km de long, 3 systèmes d'écluses. Il est emprunté par 14000 navires chaque année. C'est un passage obligé pour les bateaux qui ne veulent pas franchir le  redouté Cap Horn. Sa construction a été longue et difficile, entachée par plusieurs milliers de morts (5600 pour la seule période française de 1881-1889) et le scandale de Panama. Une affaire de corruption qui éclaboussa plusieurs hommes politiques et industriels français durant la Troisième République et ruina des centaines de milliers d'épargnants, en pleine expansion internationale de la Bourse de Paris.
Aux écluses de Miraflores j'aperçois ces portes containers, des géants d'aciers qui frôlent au millimètre le bord des écluses. Je prends quelques photos et je continue mon trajet sur la Panaméricaine.

Beaucoup de trafic, un paysage monotone, seulement des villes et des champs de cannes à sucre et la pluie qui me rince tous les jours à partir de midi. La saison des pluies bat son plein ! Des trombes d'eau s'abattent sur la route qui se transforme en torrent à certains endroits. Mes après-midis de vélo sont entrecoupées de pauses où j'attends patiemment que la pluie se termine: parfois pendant plus de deux heures. Puis je reprends mon rythme jusqu'au soir, avant de planter ma tente. Dormir dehors au Panama n'est pas dangereux. Il faut juste essayer de se cacher un maximum, à l'abri des regards, loin de la route. De toute manière, il pleut tous les soirs, ce qui réduit le risque de voir débarquer quelqu'un au milieu de la nuit. Personne n'aime sortir la nuit quand il pleut.
Deux jours avant d'arriver au Costa Rica, je rencontre, Bertrand un cycliste français. Amateur de surf, il a parcouru pendant neuf mois les plus belles plages d'Amérique Centrale. Il me refile les bons tuyaux. Ici, les cyclistes peuvent dormir chez les pompiers, la croix rouge, les églises, ... Sauf au Costa Rica, où Bertrand a toujours trouvé porte clause chez les pompiers .

Quelques minutes plus tard, je rencontre un autre cycliste. Cristian, un argentin qui est parti d'Ushuaia, comme moi. Suivant les conseils de Bertrand on s'arrête à la croix rouge de David, une petite ville. On est accueilli avec le sourire. Un lit, une douche et du wifi: le luxe. C'est l'occasion de  faire des provisions au supermarché le plus proche: conserves, avoine, beurre de cacahuète, ... On remplit nos sacoches avant d'entrer au Costa Rica qui est connu comme le pays le plus cher d'Amérique Centrale.
Le lendemain, 50km plus loin, on arrive au poste frontière de Paso Canoas. On passe  sans difficulté la douane panaméenne puis celle du Costa Rica 500m plus loin.



Costa Rica

Trois mois, c'est le temps que je peux passer au Costa Rica avec mon visa. Assez pour traverser le pays et passer 15 jours avec mon frère et sa copine. J'ai beaucoup roulé la tête dans le guidon ces dernières semaines, pour arriver à temps au rendez-vous que nous nous sommes fixé il y a plus de trois mois. A la différence du Panama, le Costa Rica semble plus sauvage. La route panaméricaine est bordée de jungle épaisse. Même si on ne voit pas des singes sur tous les arbres. La jungle ne semble pas avoir subi la même déforestation qu'au Panama.

Toujours en compagnie de Christian, l'argentin, je m'arrête pour notre première nuit dans une église évangélique, la Luz del Mundo ("la lumière du monde"). Le pasteur nous autorise à  dormir à côté de l'église. En fin d'après midi, son fils vient discuter avec nous. Il nous explique dans un long monologue la manière dont l'église catholique et les autres interprètent la bible: bien mal à son avis ! Comme s'il s'agissait d'un sermon, il nous vante l'église de la Luz del Mundo qui fait beaucoup mieux et blablabla blablabla ... Pendant presque deux heures, il enchaîne. Christian et moi, nous le laissons parler.
A la fin, je ne peux pas m'empêcher de donner mon avis.
Je lui rétorque:
- La bible a été écrite en hébreu il y a deux siécles, toi tu l'a lis aujourd'hui en espagnol.
Avant que tu poses tes yeux sur ces mots quelqu'un les a interprétés pour les traduire dans ta langue natale. Quand il y a traduction, il y a interprétation. Et peut être que cette interprétation n'est pas fidèle à la volonté des auteurs.
Deuxièmement, toutes les religions et les différentes églises disent détenir la "vérité".
Qui a raison?
J'ai rencontré des fidéles de toutes les grandes religions et je peux te dire: " Discute avec des gens d'autres religions, échange, apprend, voyage et tu te feras une idée différente de ta propre religion".
Sur le moment ça le laisse perplexe, puis il change de sujet et nous quitte quelques minutes plus tard. Cristian sourit, il semble partager ma vision de la religion.
J'ai vidé mon sac après avoir écouté "religieusement" ses arguments. Je ne suis pas fan des discours religieux, encore moins quand ça dure des plombes !

Apparemment je ne l'ai pas vexé, il accepte la contradiction et en fin de soirée il nous apporte à manger: riz, frijoles, ... et un café. On passe la nuit au sec, abrité sous un porche. Et le lendemain matin aux aurores on reprend la route. Un bel accueil pour notre première nuit au Costa Rica. Merci.

Le goudron suit la côte, mais on ne voit pas l'océan à tous les virages. Seules quelques magnifiques plages sauvages s'étendent sur le bord de la route. Je laisse Cristian continuer sur cette route et moi je bifurque vers les montagnes. Physiquement exigeant, des pentes de plus de 10%, sous une chaleur lourde, dur dur ! Je bois beaucoup et je fais pas mal de pauses. A partir de midi, il commence à pleuvoir comme au Panama. Ce trajet montagneux est moins agréable que je ne le pensais.
Je passe le col du Cerro de la Muerte (sommet de la mort) à 3300m puis je redescends sur San José, la capitale. Je laisse mon vélo chez Frazier, rencontré via Warmshower. J'emporte quelques affaires et je pars retrouver mon frère et sa copine.

Ça fait un an et demi que je ne les ai pas vus. Quel plaisir de les retrouver. Et ils n'arrivent pas les mains vides : pastis, saucissons, patés,  fromages, ... Des retrouvailles savoureuses ☺. Je n'aurais jamais cru que les produits de France puissent être si délicieux. Après des mois de régime: riz, soupe, poulet, retrouver de vraies saveurs, ça fait du bien. En visite dans les parcs nationaux de Manuel Antonio, Carrara, Cahuita nous entrevoyons la richesse de la faune et de la flore costaricaine : singes, coatis, ratons laveurs, paresseux, ... évoluant dans une forêt luxuriante. Les parcs nationaux sont très bien entretenus, on s'y proméne sur des sentiers balisés en toute sécurité. Les animaux que nous voyons dans leur milieu naturel ne sont plus vraiment "sauvages". Pour voir des bêtes vraiment authentiques il faut prendre un guide et s'enfoncer plus profondément dans la forêt tropicale. Nous n'avons pas le temps.
Après les visites nous profitons du soleil sur de splendides plages de sable blanc et nous terminons nos journées à discuter devant l'apéro quotidien avant de cuisiner de bons petits plats .
Voyager en bus, dormir dans un lit, prendre une douche chaude tous les soirs. Un confort que j'avais oublié et qui me fait du bien. Après quinze jours exceptionnels, mon frère et sa copine s'en vont retrouver leur quotidien.

En ce qui me concerne, le retour au vélo est retardé. Mon passeport n'avait plus que deux pages de libre. Sachant que l'aventure est loin d'être finie, j'ai demandé un nouveau passeport à l'ambassade de France de San José.  Après avoir fourni les documents nécessaires, le fonctionnaire m'annonce le délai: 3 semaines ! Les bras m'en tombent. A l'heure de l'informatique c'est désolant. Mais c'est gratuit car c'est un renouvellement en raison d'un manque de place. J'avais fait cette demande le lendemain de l'arrivée de mon frère. Finalement je n'ai "perdu" qu'une semaine à attendre mon nouveau passeport.

Je ne me suis pas ennuyé pour autant. J'ai passé la plupart du temps avec Frazier, mon hôte. Il est professeur de français dans la capitale et il a aussi une affaire de vente d'équipement de surf  sur une plage de la côte pacifique pour arrondir ses fins de mois. Il connait tous les petits bistrots de la capitale. On ne les a pas tous visités, mais on a éclusé quelques cervezas et grignoté nombre de paquets de cacahuètes.
J'ai dû faire une révision générale de mon vélo:  changement de chaine, de roulement de pédalier, de cassette, ... et de roues qui avaient plus de 42000km. Tout ça grace à  mon frère qui m'a apporté ce matériel dans ses bagages. Je ne le regrette pas, car trouver des pièces de qualité sur place est très difficile et beaucoup plus cher.

Le 30 septembre je récupère mon nouveau passeport. Tout neuf, avec la même date de fin de validité que l'ancien mais avec un nouveau numéro. Ma demande de passeport grand voyageur, qui contient plus de pages a été refusée.  Il faut croire que voyager beaucoup, changer de pays souvent et remplir un passeport en deux ans alors qu'il est valide 10 ans ne fait pas partie des critères d'attribution. L'administration me fatigue ☹.
J'ai quand même la chance de garder mon ancien passeport, mon "carnet de route", car mon visa costaricain est dessus et  j'en ai besoin pour sortir du pays. La secrétaire prend soin de couper un des bord et de tamponner "annulé" en rouge sur la page principale. Pourquoi "annulé" et pas "cancel" ? Je ne sais pas. Ca serait plus logique en anglais sachant qu'un passeport est fait pour être utilisé en dehors du territoire français, et que l'anglais est la langue internationale de communication !
Je dis au revoir à Frazier et sa famille qui m'ont accueilli comme un prince:
MERCI INFINIMENT !!!

Et je reprends la route vers le nord et la frontière avec le Nicaragua. Trois jours de route avec un trafic trop intense à mon goût. Chaleur, pluie torrentielle toutes les après-midis: je veux vite partir d'ici !
Je tente quand même de dormir le soir chez les pompiers ou à la croix rouge mais c'est un refus catégorique   avec des raisons toujours différentes :
- Un cycliste brésilien a été hébergé et il a volé
- On est que deux et si on sort pour une intervention tu seras tout seul avec le chien, qui a déjà mordu quelqu'un !
- On a pas assez d'espace ...
Tous les soirs je finis sous ma tente bercé par la pluie.
Ce n'est pas pour ça que je n'aime pas les autochtones. Ils sont sympas et ont souvent ces mots à la bouche : "Pura vida". Suivant la situation la signification est différente: bonjour, au revoir, merci, ... La traduction littérale serait : "Vie pure". Ça sonne bien quand même !

Les produits dans les supermarchés sont plus chers qu'en France. Même le riz ! Seul les bananes (0.5€/kg) et l'avoine (2€/kg) sont abordables. Les restaurants de bord de route servent des plats simples mais pas très bon marché. Il faut compter 4 à 5$ pour une assiette de riz, frijoles, banane plantain et un bout de poulet. Bof !

En arrivant à la frontière avec le Nicaragua, un homme qui change de la monnaie me dit que je dois payer une taxe de sortie. Ça sent l'entourloupe. Je me rends donc direct à la douane sans payer. Le douanier me réclame le reçu du paiement de la taxe. Demi tour, je paye cette fameuse taxe : 8$ et je quitte le Costa Rica sans problème et sans changer mes Colons en Cordoba, la monnaie du Nicaragua. Les changeurs à la sauvette offraient un taux de voleur ! Une perte de plus de 50% ! Tout en me disant que je ne pourrais jamais les changer ailleurs qu'ici à la frontière. Je suis persuadé qu'ils mentent et je m'éloigne avec l'assurance de pouvoir changer mes Colons dans la prochaine ville.
Mon changement de passeport n'a posé aucun problème. Le douanier a juste examiné mon ancien passeport pour vérifier le tampon d'entrée, puis il a tamponné mon nouveau avec la sortie : facile
Impossible de me faire rembourser mon billet d'avion Panama-San José. Perte sèche 100€.






Nicaragua

En France on a une très mauvaise image de l'Amérique Centrale : terre de gang, meurtres, trafic de drogue, guerre civile, ... Pas très glamour. Je suis persuadé que ce n'est pas aussi terrible que ce qu'on voit à la TV. Les cyclistes ayant parcouru ces pays sont unanimes: il faut être prudent mais le danger est minime. Le tampon d'entrée sur mon passeport me donne le droit de rester un maximum de 3 mois dans ces quatre pays: le Nicaragua, le Honduras, le Salvador et le Guatemala et pas 3 mois dans chaque pays.

Quelques kilomètres après la frontière je croise un cycliste espagnol qui arrive du Mexique. Il n'a été confronté à aucun problème de sécurité durant ses semaines de traversée. Il dormait dans des hôtels pas cher, chez les pompiers, ... Exactement ce que je comptais faire, après avoir lu plusieurs récits de cyclistes ayant fait le parcours dans les deux sens. Je ne veux pas camper: trop risqué.
La route qui me mène jusqu'à Granada, une ville coloniale sur la côte atlantique est agréable. Peu de trafic, une large bande d'arrêt d'urgence sur laquelle circulent beaucoup de personnes  à vélo. Quand j'ai un cycliste en point de mire, je me fais un plaisir de le rattraper. Certains n'apprécient guère d'être doublés par un "gringo" sur un vélo surchargé. Systématiquement après les avoir dépassé ils tentent au prix d'un effort inhabituel de revenir à ma hauteur et de me dépasser. Je les laisse  faire et ça me fait bien marrer.
Quasiment tous les hommes portent une machette à la ceinture ou à la main. Mais ils sont souriants, et me saluent gentiment. J'aime déjà ce pays !

A Granada, je m'arrête dans un hôtel tenu par un expatrié français. Je visite cette charmante petite ville assez touristique. Il y a des hommes en armes et gilet pare balle devant les banques et certains commerces. Les attaques de magasins ou de station-services sont monnaie courante. Je profite de la présence des vigiles pour leur confier la surveillance de mon vélo pendant que je vais faire mes achats. Mais à aucun moment je ne me sens "menacé" ou "en danger".  Je change mes derniers Colons costaricain dans la rue à un taux acceptable. Je perds un peu moins de 8%. J'étais sûr que les changeurs de monnaie à la frontière étaient des escrocs et des menteurs !

Le matin où je décide de quitter Granada, l'ouragan "Nate" vient déverser toute sa fureur sur la région. Des trombes d'eau descendent du ciel toute la journée. Le vent n'est pas violent, ce n'est pas l'apocalypse, mais la quantité d'eau est impressionante. Impossible de prendre la route. Ici au Nicaragua, les dégats sont minimes mais au Costa Rica c'est une autre histoire: inondations, glissements de terrain, routes coupées, ... Pour une fois, je suis un peu chanceux avec la météo. J'ai quitté le Costa Rica juste à temps.
Je passe de bon moments à discuter avec Boris, le propriétaire et Antoine, un jeune français en vadrouille en Amérique centrale durant les deux jours supplémentaires à Granada. Puis je me dirige vers Léon et le Honduras. J'admire au  passage la très jolie lagune de Apoyo, un lac de cratère au fond d'une caldera entourée de forêt luxuriante.
Je passe ma première nuit chez les pompiers volontaires de Jinotepe. Ils m'acceptent sans hésitation. L'eau est coupée depuis le passage de l'ouragan. Pas d'eau chez les pompiers, c'est cocasse. Mais ils me nourrissent, il y a la TV, du wifi, des gens agréables, ... Parfait. Les  stations de pompiers volontaires (bomberos voluntarios) ne reçoivent aucune aide du gouvernement à la différence des pompiers municipaux. Ils tirent leur revenus des dons fait par les citoyens et par d'autres pays, comme le Japon qui a donné des véhicules de secours. En tout cas c'est gens là ont le coeur sur la main et j'apprécie grandement leur accueil. MERCI !
José le pompier de garde qui m'a accueilli le soir de mon arrivée, me raconte qu'il a la chance de vivre correctement de son métier. Ce n'est pas le cas de plusieurs membres de sa famille qui ont été poussés a émigrer au Mexique.  Les plus déterminés qui ont poussé jusqu'aux Etats-Unis subviennent aux besoins de leur famille resté au pays quand ils le peuvent. Il aurait peut-être aimé partir aussi, mais le risque de se voir refoulé ou de se retrouver dans une situation plus fragile lui paraissait trop grand. La dictature et la guerre civile, facteurs de pauvreté, ont laissé des traces.

J'atteinds la frontière avec le Honduras après 3 jours de route. J'ai décidé de ne pas m'éterniser ici bien que ce soit un pays magnifique, avec autant de beauté naturelle que le Costa Rica mais bien moins cher et moins touristique. J'adore le Nicaragua !
Je paye la taxe de sortie obligatoire: 3$. Ce qui fait en tout 15$  avec les 12$ payés lors mon entrée.





Honduras

A la frontière du Honduras je m'acquitte d'une nouvelle taxe d'entrée de 3$. La route goudronnée jusqu'à la ville de Choluteca est en très mauvais état. Sans entretien, la végétation reprend le dessus. Le bitume est truffé de nids de poule et partout des gamins les rebouchent tant bien que mal avec une pelle et un peu de terre. Ils quémandent de l'argent aux voitures qui passent, et au "gringo" aussi : "da me un dollar" (donne moi un dollar) c'est ce que j'entends en passant à leur niveau. Parfois ils sont plusieurs et tentent de me barrer la route pour que je paye. Je les évite facilement avec le sourire. Ils ne sont pas violents, pour eux c'est un jeu et aussi un maigre moyen de subsistance. Bien qu'ils aient souvent une pelle à la main ils ne l'utilisent pas comme Bernie Noël .
Je passe la nuit chez Jaime, un jeune Hondurien du réseau Warmshower. Je goûte la cuisine locale: riz, haricots, poulets, tortilla. Un air de déjà "gouté". Mais oui, ça fait 4 mois que j'en bouffe. Le lendemain j'entre au Salvador. Je n'ai pas gardé un grand souvenir du Honduras. En deux jours il est difficile de se faire une idée. Pour le peu que j'ai vu, je peux dire que le Honduras semble plus pauvre que ses voisins du sud, Nicaragua et Costa Rica. Beaucoup de maisons de bord de route sont faites de tôles et de bâches en plastique. C'est un signe qui ne trompe pas.



El Salvador

Je rentre dans le coupe gorge ! Le pays le plus dangereux d'Amérique Centrale;
"Si tu en sors vivant c'est que tu es chanceux" d'après les médias. Avec ce que j'ai vu depuis le début de mon parcours en Amérique Centrale je sais qu'il faut laisser les idées reçues de côté, faire confiance à son instinct tout en étant toujours prudent mais sans paranoïa.

Je prends la route qui longe la côte. Comme au Honduras, les gens portent des machettes et certains commerces sont protégés par des vigiles armés. Ça ne m'inquiète plus. Les salvadoriens sont plutôt souriants et sympathiques. Comme dans tous les pays latinos, certains me regardent bizarrement ou me lancent un "gringo" dédaigneux. Dans les marchés j'ai même droit au "mira, viene el gringo" (regarde le gringo qui vient). Rien de choquant.
Je passe mes nuits dans des hôtels pas cher (à moins de 10$) ou chez les pompiers. Les "bomberos" m'accueillent toujours avec le sourire et même me demandent combien de temps je vais rester. C'est une question qui m'a paru bizarre la première fois: en effet, il arrive que certains voyageurs passent plusieurs nuits pour se reposer. Moi, je me contente d'une seule. Je suis juste de passage. Tous les jours je prends une vraie douche. Avec cette chaleur et la quantité de transpiration qu'évacue mon corps durant la journée, c'est revigorant. Pas d'eau chaude, ce n'est vraiment pas nécessaire.

Du point de vue culinaire le Salvador me régale ! J'avale des ventrées de pupusa. Une tortilla épaisse fourrée de haricots noirs et de fromage. J'en mange matin, midi et soir ! J'adore. Bien qu'on en trouve au poulet ou au porc, la pupusa traditionnelle faite de haricots noirs et de fromage est ma préférée. Et en plus c'est la moins chère: 3 ou 4 pour 1$.  Je l'arrose souvent d'un soda. Avec cette chaleur j'ai terriblement envie de boissons sucrées. A 0.5$ la bouteille de 60cl, ça ne casse pas trop le budget .

Le seul lieu touristique que j'ai visité est la plage del Tunco, un spot très connu, fréquenté par des  surfeurs américains où on parle essentiellement anglais !
Après quatre jours seulement, je quitte le Salvador pour le Guatemala. C'est compliqué de se faire une idée d'un pays en si peu de temps. Avec ce que j'ai vu, je peux dire que les gens ne roulent pas sur l'or. Un certains nombre de maisons de bord de route sont faites de matériaux de récupération. Des gens marchent au bord de la route avec des fardeaux de bois ou de maïs sanglés sur leur front. Il y a beaucoup de pauvreté El Salvador est un des pays les plus peuplé d'Amérique centrale: pas un centimètre carré sans maisons, champs ou villages.



Guatemala

Je fais la queue à la frontière, à 7h du matin seul un guichet est ouvert. Les salvadoriens sont connus pour s'expatrier en masse. Une longue file d'au moins trente personnes s'allonge devant moi. Après une demi-heure et un tampon je sors du pays pour pénétrer au Guatemala. Pas de scan de passeport côté guatémaltèque, juste un très joli tampon avec des couleurs vivantes. Ça change du bleu marine administratif.

Je passe ma première nuit chez les pompiers d'Escuintla. Encore une fois accueilli avec le sourire. Bien que je dorme par terre, je peux prendre une douche, recharger mon téléphone, discuter avec les pompiers, ... Un grand plaisir.
Le lendemain matin en montant vers Antigua j'aperçois dans le prolongement de la chaussée le volcan "Fuego" qui crache des panaches de fumée. Pas un nuage, la vue est splendide. Ça me permet de mieux apprécier cette p... de montée sous 35°C !
J'arrive à Antigua l'ancienne capitale du Guatemala. L'hôtel dans lequel je passe trois nuits a une terrasse avec une vue panoramique sur trois volcans : Fuego,  Acatenango et Agua. Le Fuego est un volcan de type strombolien qui émet des jets de lave à intervalle régulier. La nuit on peut apercevoir la lave projetée au dessus du cratère du Fuego, tout en sirotant une bière et en grignotant un paquet de cacahuètes: merveilleux spectacle de la nature ! Je ne m'en lasse jamais.
Je consacre presque une journée entière à faire de la mécanique. Depuis quelques jours, je sens un jeu dans ma roue arrière. Je démonte le moyeu arrière afin de pouvoir accéder aux entrailles de la roue libre. Le cône de pression n'est pas assez serré. Je fais le tour des magasins de vélo pour trouver la clé adéquate. Aucun ne la possède. Certains me disent même que ça n'existe pas. J'opte pour la solution de fortune: marteau et tournevis afin de serrer le cône. J'y arrive tant bien que mal, mais tout celà ne me plaît pas trop. Mes roues sont neuves -2000km- et j'ai déjà un problème ☹. Espérons que ça n'empire pas et que le serrage système D fonctionne.

Je trouve quand même un peu de temps pour visiter cette charmante ville: des églises, de vieilles bâtisses coloniales, un grand marché, ... Et puis je ne me lasse pas de cette vue magnifique sur ces volcans. En revanche la pauvreté saute aux yeux.  Voir ces indigènes, descendant "direct" des fiers Mayas, vendre à même le sol de l'artisanat, des fruits, et toutes sorte de babioles pour un maigre revenu me rend triste.

De retour sur la route, je prends la direction de Tikal cette immense cité Maya en plein cœur de la jungle. Il fait très chaud, une chaleur humide dépassant 40°C certains jours. La route est droite et vallonée avec des pentes abruptes. Ici pas un virage ! Sur certaines portions il m'arrive de faire 10km pour 900m de dénivelé positif. Quasiment 10% de moyenne. Ereintant !
Je me shoote au soda. Mon corps a une forte envie de boissons fraîches sucrées. Comme ce n'est pas cher, 0.5€ la cannette de 33cl, j'en profite. Le Guatemala n'est sûrement pas un pays bon marché: en dehors de la tortilla et des bananes. Dans les supermarchés il y a nombre de produits qui sont bien plus cher qu'en France: le fromage, qui n'a pas de goût, les pâtes, les sauces, ...

Je continue à passer mes nuits chez les pompiers, toujours accueilli avec bienveillance et dans le "luxe". J'ai souvent un lit, la TV, la douche et de l'eau chaude pour le café. Je discute beaucoup avec les pompiers. Ils aiment me raconter leurs interventions. Les opérations de nuit concernent majoritairement des accidents de la route et des blessés lors de bagarres, règlements de compte ou querelles de voisinage. La violence est permanente. En raison des carences de la justice et de la police, les citoyens règlent leurs différents eux-même directement. Ils n'attendent pas de passer devant un juge. Les dérives sont nombreuses. Un exemple: à Chichicastenango, un enfant de 12 ans a été battu à mort après avoir été soupçonné de vol.
C'est un pays dangereux mais les touristes semblent épargnés. Pour ma part, je ne me suis jamais senti menacé. Les guatémaltèques ont toujours été aimables avec moi dans l'ensemble. Même si parfois, au supermarché, ou quand j'achetais des fruits au bord de la route les vendeurs ne répondaient pas à mon bonjour et ne souriaient pas. Le client n'est pas "roi" comme en Europe. Dans la difficulté, la souffrance, on a rarement envie de sourire, surtout pas au gringo de passage ! Dans les campagnes la vie est difficile. La pauvreté est visible. Les enfants qui travaillent dans les champs portent de gros fardeaux de bois ou courent au bord des routes pour livrer leur marchandises au village. Je mesure le fossé qui sépare les pays d'Amérique centrale de l'Europe en matière d'éducation. Au Guatemala, l'école est obligatoire, mais la survie des familles prime sur la scolarité. Trop souvent les enfants qui sont en âge d'aider leurs parents ne vont plus à l'école. Les filles poursuivent un peu plus longtemps leur scolarité jusqu'à leur mariage souvent très jeunes.

Je roule trois jours sous une pluie continue avant d'arriver à Tikal. Je suis trempé de nuit comme de jour. Ma tenue de vélo ne sèche même pas. Je ne porte pas de kway pour me protéger de la pluie à cause de la chaleur. L'eau qui tombe du ciel semble avoir été chauffée !

Je m'arrête dans un hôtel touristique à Las Flores: quelques bungalows au bord lac de Peten Itza.
Tikal est un site maya splendide. Toutes ces pyramides qui émergent de la jungle sont impressionantes. La vue à 360° du haut du temple IV surplombe les environs couverts de jungle à perte de vue.
La restauration des vestiges est remarquable. Il manque pourtant quelque chose pour mettre vraiment en valeur les pyramides:  des habitants, de l'animation !
Il manque la vie qui existait dans cette grande ville maya avant l'arrivée des espagnols.

Je préfère largement m'assoir sur un banc dans un petit village et observer la vie locale actuelle. Voir ces femmes faire des tortillas à la main, les marchands ambulants, les "gauchos" à cheval, ... Le Guatemala à un air de Bolivie. Un grand nombre de villageois s'habillent encore de façon traditionnelle avec des tenues riches en couleurs. Le dimanche sur la place du village devant l'église, c'est un défilé de fidèles endimanchés portant parfois de magnifiques bouquets de fleurs exotiques comme offrande au saint patron de la paroisse.
Une dernière nuit chez les pompiers de Melchor et après un petit dejeuner tortilla, légumes, mayonnaise je rejoins le Belize.

Changer mes  Quetzal en Dollars a été un "parcours du combattant". Les changeurs à la frontière offraient un taux décevant (perte de 15%). J'ai fait le tour des banques sans grand succès, car il fallait posséder un compte pour changer. Heureusement l'une d'elle a enfin accepté. J'ai fait au moins cinq guichets différents, tous ont enregistré mon numéro de passeport et après 45 min d'attente j'ai enfin reçu mes dollars. Hallelujah ! Beaucoup de patience pour une poignée de dollar.
Je n'avais jamais vu autant de personnel dans une banque. Il y avait au moins dix guichets et deux ou trois employés par guichet. Plus les "chefs" qui surveillaient que tout se passe bien. Et c'est sans compter le garde armé d'une mitraillette qui surveillait les allées et venues.







Belize

Avec un tampon, j'ai un visa pour trois mois.
Mais le douanier est curieux ou plutôt pointilleux:
- Combien de jours séjournez-vous au Belize.
 Je lui réponds:
- une semaine.
Bien que je sois sûr d'être dans deux jours au Mexique si tout va bien.
Ensuite il veut savoir où je vais dormir.
Je lui dicte un nom de ville au hasard et banco, je peux rentrer au Belize.

A la différence des autres pays d'Amérique centrale, la langue officielle est l'anglais. Le pays est connu pour le Blue Hole et ses îles paradisiaques. Dont l'île Ambergis Cave qui inspira la chanson de Madonna - Isla bonita -.
Les supermarchés sont tenus par des chinois. Les restaurants proposent de généreux mais coûteux barbecues (5$, poulet, riz, haricots). Pour la première fois depuis le Costa Rica je campe de nouveau. Le Belize est le pays avec la plus faible densité de population d'Amérique Centrale. La route est plate, le paysage sec et il y a peu de monde en dehors des villages. Parfait pour le camping sauvage. La monnaie est le "Belize dollar". Mais l'on peut payer en USD partout. La vie est plus chère qu'au Guatemala .

Une nuit, deux petits jours pour traverser ce minuscule pays. A la sortie je dois encore payer 20$ !
La douanière veut savoir où j'ai dormi la veille et où je vais dormir au Mexique. Il semble que ça soit une obsession administrative. Je lui réponds que je ne me rappelle plus le nom de mon hôtel et que je vais dans la prochaine ville mexicaine. Je n'ai pas de carte donc je ne connais pas le nom. Elle semble embarrassée. Comme elle est aussi antipathique que beaucoup de douaniers qui m'ont interrogé, je ne fais  aucun effort et je lui répète plusieurs fois la même chose. Pourquoi se casser la tête pour des informations qui ne servent à rien? Ma persévérence est payante. Après quelques secondes d'hésitation, elle me tamponne mon passeport et je m'en vais vers la douane mexicaine.

Viva Mexico !


Statistiques

Distance :  3203 km
Nb jours : 58
Nb jours de vélo : 29
Nb jours de repos : 29
Etape la plus longue :  131 km
Etape la plus courte :  37 km


Total depuis le début

Distance : 52774 km
Nb jours : 756
Nb jours de vélo : 520
Nb jours de repos : 236
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 5130m, Abra Azuca, Pérou

Crevaison : 12
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -10°C ( Paso San Francisco, Chili)


La Suite...
.